Entre la fin de l'ARENH, le nouveau Versement Nucléaire Universel et un marché de gros toujours instable, faut-il fixer dès maintenant son prix d'électricité professionnelle ou attendre une accalmie ?
Depuis le 1er janvier 2026, les entreprises françaises composent avec un cadre de marché de l'électricité entièrement renouvelé. La fin de l'ARENH et l'arrivée du Versement Nucléaire Universel devaient, en théorie, stabiliser les prix. Dans les faits, la volatilité du marché de gros observée depuis le début de l'année complique plus que jamais l'arbitrage entre un contrat à prix fixe et un contrat indexé. Voici ce qu'il faut savoir pour décider en connaissance de cause.
Un marché de gros resté très volatil en 2026
Le prix spot de l'électricité a connu des écarts considérables au cours de l'année. Après un point bas à 39,8 euros par mégawattheure en avril 2026, le marché est remonté jusqu'à des niveaux compris entre 127 et 146 euros par mégawattheure à la mi-septembre 2026, soit un écart de près de 3,7 fois entre les deux extrêmes.
Sur un horizon plus long, la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE) estime que le coût complet de la production nucléaire historique se situera entre 60 et 65 euros par mégawattheure sur la période 2026-2030, contre 42 euros par mégawattheure sous l'ancien tarif ARENH. Le socle de prix de l'électricité française a donc structurellement augmenté, indépendamment des à-coups conjoncturels du marché.
Les contrats à terme (Calendar, ou CAL) qui permettent aux fournisseurs de sécuriser un prix fixe pour les années à venir ne sont pas publiés librement : ils s'échangent de gré à gré entre producteurs, fournisseurs et négociants. Le seul niveau réellement engageant pour une entreprise reste le devis obtenu auprès d'un fournisseur ou d'un courtier sur son propre profil de consommation.
Fin de l'ARENH, arrivée du Versement Nucléaire Universel
L'ARENH (Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique), qui permettait depuis 2011 aux fournisseurs alternatifs d'acheter une partie de la production nucléaire d'EDF à un tarif régulé de 42 euros par mégawattheure, s'est définitivement arrêté au 31 décembre 2025.
Il est remplacé depuis le 1er janvier 2026 par le Versement Nucléaire Universel (VNU), un mécanisme de régulation qui fonctionne différemment : il ne fixe plus un tarif d'achat régulé, mais organise une redistribution des recettes d'EDF lorsque les prix de marché dépassent certains seuils.
- En dessous de 78 euros par mégawattheure, aucune redistribution n'est déclenchée.
- Entre 78 et 110 euros par mégawattheure, 50 % des recettes excédentaires d'EDF sont reversées aux consommateurs.
- Au-delà de 110 euros par mégawattheure, ce taux de reversement passe à 90 %.
Ce mécanisme s'applique automatiquement, sur l'ensemble des contrats et de tous les fournisseurs, sans qu'aucune démarche ne soit nécessaire de la part des entreprises.
Pourquoi le VNU n'a pas fait baisser les factures en 2026
C'est le point le plus important à comprendre pour arbitrer sa stratégie d'achat : le VNU n'a, à ce stade, pas encore produit d'effet sur les factures. La CRE a fixé le taux de reversement à zéro le 10 mars 2026, car les recettes moyennes attendues de la production nucléaire d'EDF pour l'année s'établissent autour de 66 euros par mégawattheure, un niveau inférieur au premier seuil de déclenchement de 78 euros.
Autrement dit, le VNU a été conçu pour amortir des épisodes de prix extrêmes, comparables à la crise énergétique de 2022, mais il ne protège pas contre la volatilité normale du marché, celle-là même qui a fait passer les prix spot de 40 à plus de 140 euros par mégawattheure au cours de l'année 2026. Une entreprise qui compterait sur ce dispositif pour amortir une hausse de prix ordinaire prend donc un pari risqué.
Les autres composantes de la facture qui évoluent
Au-delà du prix de l'énergie elle-même, plusieurs lignes de la facture professionnelle ont changé en 2026.
- L'accise sur l'électricité (qui remplace l'ex-TICFE) s'établit depuis le 1er août 2026 à 2,635 centimes d'euro par kWh pour les sites professionnels de plus de 250 kVA, avec des tarifs réduits pouvant descendre entre 0,05 et 1,00 centime d'euro par kWh selon certains usages, notamment pour les sites électro-intensifs.
- La CTA (Contribution Tarifaire d'Acheminement) a été revue à la baisse au 1er février 2026 : elle passe de 10,11 % à 5 % pour les sites raccordés au réseau de transport, et de 21,93 % à 15 % pour les sites raccordés au réseau de distribution.
- La TVA à 20 % continue de s'appliquer sur l'ensemble de la facture, y compris sur l'accise et la CTA elles-mêmes.
À titre de repère, le tarif réglementé Bleu Pro d'EDF (option Base, puissance inférieure ou égale à 36 kVA) s'établit à 0,1624 euro HT par kWh, mais la grande majorité des PME et ETI industrielles ou tertiaires se situent au-delà de ce seuil et relèvent d'offres de marché individualisées.
Prix fixe, prix indexé ou formule mixte : comment arbitrer
Trois grandes approches coexistent pour un contrat d'électricité professionnel.
- Le prix fixe sécurise un tarif sur la durée du contrat, généralement de un à quatre ans. Il protège le budget contre une remontée des prix, mais empêche de profiter d'une baisse ultérieure du marché.
- Le prix indexé suit les prix de marché, spot ou formules indexées sur les contrats à terme. Il permet de bénéficier des périodes basses, comme celle observée en avril 2026, mais expose pleinement aux pics, comme celui de septembre 2026.
- La formule mixte combine les deux logiques : une partie du volume est sécurisée à prix fixe, le reste reste indexé, ce qui permet de lisser le risque sans renoncer totalement à la flexibilité.
Aucune de ces trois formules n'est bonne ou mauvaise dans l'absolu : leur pertinence dépend du marché qui suivra, que personne ne peut prédire avec certitude, mais aussi de la tolérance au risque de l'entreprise, de son profil de consommation et de l'horizon de visibilité budgétaire recherché.
Ce qu'il faut retenir
Attendre n'est pas une décision neutre : c'est un pari implicite sur la baisse des prix, dans un marché qui a déjà montré en 2026 sa capacité à varier du simple au quadruple en quelques mois, et sans le filet de sécurité que représenterait un VNU pleinement actif. À l'inverse, fixer un prix sans avoir comparé plusieurs offres et sans avoir challengé son fournisseur actuel revient à accepter une prime de risque qui n'est pas toujours justifiée.
C'est précisément le rôle d'un conseil indépendant, non lié à un fournisseur ou à un installateur : comparer objectivement les offres du marché, construire une stratégie d'achat adaptée au profil de consommation réel de l'entreprise, et arbitrer entre stabilité budgétaire et opportunités de marché sans intérêt commercial caché. Adéquat Énergies accompagne les PME et ETI industrielles et tertiaires dans cette analyse, avant toute décision de contractualisation.